Toujours insatisfait ? Comment te réconcilier avec toi-même

Un dimanche d'apparence ordinaire se transforme en bouleversement intérieur quand je prends conscience du blocage profond qui m’empêche d’être heureuse...

Je suis une éternelle insatisfaite


C’est un dimanche comme les autres, l’œil droit à moitié ouvert, le gauche, tentant désespérément de rester clos face au tambourinement de mon cerveau encore gorgé du vin du dîner de la veille, je m’extraie de mon lit douillet et je claudique tel un funambule jusqu’à un endroit très précis de la cuisine : la machine à café.


J’attends, appuyée lourdement contre le plan de travail, que mon breuvage de résurrection s’écoule et vienne tapisser l’intérieur de mon corps de sa détonation caramélisée.


J’ai mal à peu près partout, je suis toute bouffie et gorgée d’eau, ou serait-ce de Malbec ? La soirée d’hier était pleine de rires et de copines dont je tente de prolonger l’écho en fond sonore de ma mémoire. À la vue des cadavres de bouteilles et des restes de tapas qui tapissent ma table de salon, je souris. Je me ravise aussitôt en constatant la quantité de rangement qui m’attend.


Comment font les gens ? Je n'ai que moi à gérer et des fois ça me semble insurmontable.


Dépitée d’avance, je m’enfonce dans mon divan, je m’enroule dans un plaid rose pastel et j’avale mon café. Je suis là, toute seule, et je consulte mes mails. Ma boîte de réception virtuelle déborde de publicités.


Je me suis abonnée à trop de newsletters qui me promettaient monts et merveilles : comment avoir la vie de tes rêves en 3 mois, comment trouver l’âme sœur grâce au pouvoir de la pensée positive, comment devenir rentier à 22 ans, comment devenir riche en travaillant 3h par semaine, comment se lever à 5h du matin pour devenir la meilleure version de soi, comment perdre 5 kilos par semaine en mangeant tout ce que vous voulez, comment, enfin, être heureuse...


« Dis-moi qui sont tes amis et je te dirais qui tu es », il paraît. On dirait qu’en 2021, l’adage s’est transformé en « dis-moi quel workbook de développement personnel tu télécharges et je te dirais qui tu es ».

Tous ces conseils destinés à me rendre meilleure, me dépriment. On dirait bien que tout le monde y arrive sauf moi. Apparemment, il existe une solution pour être heureux, qui est si simple et je suis la seule à l’ignorer.


Non, je ne suis pas satisfaite.


Il me manque quelque chose, mais quoi ? Je décide de faire l’inventaire pour vérifier...


Jamais assez


  • Ma relation de couple ne suffit pas, je veux plus de passion, plus de complicité, plus de certitudes, plus de projets...

  • Mon job ne suffit pas, je veux plus de clients, plus de vision à long terme, plus de sécurité, plus d’impact, plus de visibilité...

  • Mon travail ne suffit pas, je voudrais avoir plus d’impact, plus de lecteurs, plus d’idées et de projets...

  • Mon quotidien ne suffit pas, je veux plus de rencontres, plus surprises, plus d’aventures...

  • Mes amitiés ne suffisent pas, je veux rencontrer plus de monde, je veux plus de confidences, je veux plus d’invitations...

  • Ma créativité ne suffit pas, je veux avoir plus de temps pour l’exprimer, avoir plus de talent dans quelque chose...

  • Mon appartement ne suffit pas, je veux une nouvelle cuisine, une nouvelle douche et plus de style...

  • Mon corps ne suffit pas, je voudrais être plus mince, mieux habillée, mieux coiffée...

Alors que je fais la liste de tout ce qui manque dans ma vie, ça me saute aux yeux...


En fait, c’est ma vie toute entière qui ne suffit pas.


À cette idée, je retourne me préparer du café. J’ai le moral dans les chaussettes.


Et si c’était moi qui ne suffisais pas ?


J’appelle mon copain pour vérifier


« Tu es parfaite », il me dit. Je me mets en colère, comment peut-on mentir aussi effrontément, il espère sûrement obtenir quelque chose. Me garder de bonne humeur, éviter une crise de larmes, raccrocher rapidement pour regarder son émission de foot à la télé.. Je m’énerve, il ne comprend rien : « regarde comment je rate tout », je lui dis. Il me répond, « je ne changerais rien de qui tu es » alors j’explose, « si j’étais si géniale que ça, tu ne me reprocherais pas d’être bordélique, tu ferais ci, tu dirais ... ». Et je finis par provoquer une dispute, il s’énerve à son tour, il me raccroche au nez. Je le savais, qu’il ne me trouvait pas si géniale que ça.


Satisfaite d’avoir démontré l’évidence, je me replonge dans mes pensées.


Comme je viens de le constater, je suis une fille très insuffisante, pas étonnant que tout ce que je fais soit... insuffisant.


Vous pourriez bien me dire le contraire que je n’y croirais pas, la voix est trop forte : tu n’es pas à la hauteur. Pardon, désolée, excusez-moi du dérangement.


Pour moi, il n’y a pas de Je t’aime sans condition. Il n’y a pas de succès sans risque de me faire démasquer, de vous décevoir et le risque immense de me retrouver seule. Seule sans plus personne qui voudrait être mon ami, mon compagnon, mon collègue.


Du coup, je suis là. Paralysée dans mon canapé. Dans mon quotidien. Incapable de me féliciter.


Je commence à douter : et si j’étais une erreur de la nature.


Et si j’étais née de travers ?


Et si mes parents avaient oublié quelque chose, une pincée d’intelligence, une part de savoir-vivre, quelques grammes de compétences... Je savais que tout était de leur faute.


C’est sûr, j’ai un problème : je suis inapte au bonheur.


Il doit me manquer une certaine quantité d’hormones, les liaisons se font mal dans mon cerveau, peut-être qu’une pilule magique pourrait compenser ma carence ? Existe-t-il un médicament qui rende heureux ? Un vaccin contre la haine de soi ? Un traitement pour l’envie de vivre ?


Je n’y comprends plus rien et je ne sais plus par où commencer : la peur, ma médiocrité, l’amour, les pilules, le café, tout s’emmêle et plus j’essaie de retrouver le fil et plus je me retrouve moi-même coincée dans la toile de mes doutes.


Après quelques minutes de paralysie mentale, je mets le doigt sur le nœud du problème.


Rien ne me suffit, ni ma vie, ni les autres, ni moi-même.

Et c’est pour ça que j’en veux plus, que je m’en demande toujours plus, que j’en fais toujours plus.


Voilà pourquoi je cours, toujours


Je m’essouffle, je cache, j’évite, je fais des tours de magie. Pour dissimuler l’évidence, pour éviter que ça se voie, qu’il me manque quelque chose, que je ne suis pas aussi sympa que ce que tu crois.


Mais quoi que je fasse, ça ne suffit jamais. Ça me rattrape, je panique, tu l’as vu ? Ouf, non, fausse alerte, le château de cartes a tenu le coup, mais ce sentiment de menace est toujours présent, ne disparaît jamais.


La peur que tout s’effondre, que tout parte en fumée, que l’amour s’évapore et que je me retrouve seule pour tout reconstruire de zéro.

Et cette peur d’être rejetée pour qui je suis me dévore de l’intérieur. Elle ingurgite tout, chaque compliment, chaque réussite, chaque bon moment, elle l’absorbe instantanément pour le faire disparaître dans le trou noir de ma mémoire. Elle ne me laisse jamais l’occasion de voir les choses clairement, elle prend toute la place, elle prend toute mon énergie.


Cette peur ressemble à une mygale géante


Elle est toujours là, accrochée au plafond juste devant mes yeux, elle me terrifie, je vois bien qu’elle est prête à me sauter dessus à tout moment. Je ne peux jamais ignorer ce monstre. Il est trop dangereux, je suis bien obligée de le tenir à distance et d’avoir toujours un œil dessus, oui, même quand vous me parlez, et, surtout, quand c’est moi qui vous parle.


Je veux me séparer de cet ennemi venimeux. Mais que faire ?


M’en débarrasser, laisserait un gros vide dans ma décoration intérieure.


Je dois prendre une décision.


J’ai le choix entre continuer de m’acharner pour garder cette terreur à l’écart ou accepter de prendre le risque qu’elle me pique.

  1. Soit je la garde à l’écart en perdant toute mon énergie à paniquer à chacun de ses mouvements. Et j’évite ainsi de me faire mordre... mais je reste bloquée ici, en position d’observatrice.

  2. Soit je prends le risque de la laisser se balader en liberté, ce qui veut dire que je peux enfin quitter mon canapé et vivre ma vie.

En acceptant l’araignée, qui n’est autre que cette peur profonde d’être rejetée au moindre faux pas, je prends aussi la décision symbolique de ne plus me rejeter moi-même, de me dire que je suis suffisante.


Et peu importe si je trébuche sur elle, me blesse, si elle me mord parfois, si elle m’effraie aussi, parce que je sais que je n'en rajouterai pas une couche en me dénigrant, en me rejetant moi-même.


Je décide de me réconcilier avec moi-même


Je décide d’accepter les compliments, les critiques, les certitudes, les doutes, et c’est ok.


Je me détourne de ma grosse mygale intérieure.


Et je sors de ma rêverie, je suis là face à la vie, et on dirait bien que ça suffit.


Il est déjà 12h00 et je suis en retard pour le brunch dominical en famille. Je me lève d’un bon pour me mettre quelque chose sur le dos, j’ouvre d’un geste décidé ma penderie et là, déposée sur mon pull préféré : une petite araignée. Je la regarde, je lui souffle « va-t’en », d’abord, elle ne bouge pas, mais je campe sur ma position, je fronce les sourcils, j’agrippe le pull et le secoue sèchement pour l’en décrocher. Elle tombe et court se réfugier sous le meuble le plus proche.


J’enfile mon vêtement, plus satisfaite que jamais.


Je m'appelle Céline, j'accompagne les cadres hypersensibles à remettre sens et motivation dans leur vie pro.

Je suis coache certifiée et consultante pour les entreprises qui souhaitent proposer une expérience optimale du travail à leurs équipes.

J'aide mes client.e.s à définir et à concrétiser des projets professionnels à leur image. J’ai développé ma propre méthode d'orientation professionnelle, découvre-là ici.