Papa, je ne suis plus ta fille

Dernière mise à jour : août 3


Papa,


Je t’écris ces quelques mots suite à notre discussion d’hier soir durant laquelle tu m’as exprimé ta colère et ton désaccord sur mes choix de vie.


Face à tes arguments d’autorité, j’ai été très ébranlée, je me suis sentie jugée et dévalorisée.


Je me suis sentie nulle, comme un enfant qu’on engueule, car c’est évident, je fais des conneries.


J’ai eu comme l’impression que tu ne me penses pas assez raisonnable pour prendre des décisions justes pour moi.


J’ai ressenti un certain malaise à te voir essayer de me manipuler et de me « dresser » comme on dresse un animal de compagnie à faire tout ce qu’on lui dit.


Comme si, mais je me trompe sûrement, tu pensais savoir mieux que moi ce qu’il faut faire pour être une bonne personne, pour être heureux.


Peut-être penses-tu que ton expérience te permet de mieux juger les situations que moi, peut-être penses-tu qu’en bon « cartésien » que tu es, tu sais évaluer les « faits » mieux que moi.


En gros, il ne me sert à rien de réfléchir, puisque tu as la bonne réponse. Il me suffit de t’écouter.


Et d’obéir.


Oui, tu m’as dit, que je ferais bien de t’obéir (c’est d’ailleurs ce qui est attendu des enfants, même quand ceux-ci ont 30 ans... Ils doivent respecter leurs parents).


Tu m’as sommée : « tu dois obéir à la loi, obéir à la voix de la majorité ».


Apparemment, il en va de ma sécurité.


T’obéir. Que te reste-t-il quand plus personne n’est là pour t'obéir ?


Voilà, voilà pourquoi je t’écris cette lettre.


Aujourd’hui, je décide de te le dire, enfin.


Je sais que tu attends ces mots depuis longtemps, et j’espère qu’en les lisant, tu seras satisfait,


Papa.


Pardon.


Oui, Papa, aujourd’hui, je te demande pardon.


Pardon, pour une simple et bonne raison. Parce qu’enfin, à 30 ans, j’ai décidé de te dire non.


Pardon, car, non, tu n’as plus d’enfant.


Car enfant, je ne suis plus, papa.


Je sais que tu ne l’as pas remarqué, que tu n’as pas VOULU l’accepter, mais je suis une adulte.


Une adulte, avec autant que toi la capacité de faire ses choix en fonction de ses valeurs, de ses aspirations et de ses rêves.


Une adulte en droit de se tromper, d’échouer, d’essayer, de changer d’avis, même.


Je sais que ce constat ne te plaît pas du tout.


C’était beaucoup plus facile pour toi d’affronter une enfant docile, prête à croire que tout ce qui sortait de ta bouche était parole d’évangile, était vrai, était la réalité.


Pardon, mais c’est non.


Et ce non, pour toi, c’est un problème.


Mon indocilité est un problème.


Ton incapacité à me mater, à m’impressionner, à hausser le ton, à me convaincre...


C’est un problème.


Je suis ton problème.


Papa, je te demande pardon, parce que je ne vais pas te mentir.


Et parfois, la vérité fait vraiment mal.


C’est comme une claque en plein visage.


Et même s’il ne s’agit que de mots, ça frappe, ça fend l’air.


Tu es bien placé pour savoir ça, Papa.


Alors je te demande pardon d’avance, Papa, de te dire tout ça.


Papa, le problème, ce n’est pas moi.


Le problème, ce n’est pas la crise sanitaire, ce n’est pas non plus les Wallons, vaccinés à 76% quand les Flamands le sont à 90%. Le problème, ce n’est pas le variant D, ni tous ceux à venir.


Le problème, ce n’est pas les jeunes qui boivent des coups dans des soirées privées, ce ne sont pas les touristes en quête de soleil qui partent pour l’Espagne, ce ne sont pas non plus les personnes qui refusent de céder à la panique.


Papa, le problème, ce n’est pas moi.


Le problème, c’est toi.


Ton problème, c’est ta vie, tes choix, ta frustration.


Ton problème, ce sont toutes ces choses que tu ne t’autorises pas et qui te rendent malade.


C’est la colère de voir que d’autres se le permettent.


C’est la peur de mourir.


En sachant que tu ne vis pas pleinement ta vie.


Que tu as fait des choix par peur... Et pas par envie.


C’est réaliser que tu aurais pu.


C’est vivre 24h de regrets par jour.


C’est la colère contre ceux qui osent faire ce choix.


Le choix de l’amour.


Le choix du bonheur.


Le choix du risque.


Papa, ton problème, c’est la peur.


La peur de dire ta vérité, d’être toi-même et de décevoir ta famille.


Le vrai problème, c’est que tu as 60 ans et que tu commences à comprendre.


Tu commences à comprendre que tu n’as rien compris.


Rien saisi, malgré ton goût pour la logique, malgré ton obstination pour les chiffres.


Le problème, c’est que tu ne contrôles rien, tu ne contrôles pas tes collègues, tu ne contrôles pas ta fille, tu ne contrôles pas ta femme, tu ne contrôles pas les autres, tu n’as aucun pouvoir et ça te rend malade.


Malade, voilà le vrai problème.


Tu es malade.


Oui, tu as été atteint gravement par la maladie, oui, tu en souffres encore aujourd’hui.


Oui ce fut un traumatisme, celui de te dire que tout pourrait s’arrêter du jour au lendemain.


Et c’est intolérable.


Ça ne peut pas se passer comme ça.


Il doit y avoir un responsable.


Quelqu’un sur qui remettre la faute.


Car toi, tu n’as rien à voir là-dedans.


Tu fais partie de ces honnêtes gens.


De ces bons citoyens droits dans leurs bottes.


Tu te lèves très tôt pour travailler.


Tu payes tes impôts.


Tu éteins l’eau de la douche pendant que tu te savonnes.


Tu as des caméras dans ton jardin.


Ta voiture est hybride.


Tu fais ta part.


Tu n’as rien à voir avec la famine, la guerre, le réchauffement climatique.


Toi tu es un homme honnête. Un citoyen qui honore son pays en sacrifiant son corps au nom de la

médecine, pour le reste du monde.


Toi, tu es un peu le sauveur de ta nation.


Tu as ta place dans cette société, car tu fais ce qu’il FAUT.


Tu as toujours fait ce qu’il fallait.


Tu as fait les études qu’il fallait pour avoir une bonne situation, une femme, une maison, des enfants, 20 jours de congés par an.


Tu as sacrifié tes rêves sur l’autel du capital, mais tu as la meilleure télévision disponible sur le marché pour vivre tes passions par procuration.


Tu es passé à côté de ta vie.


De ta vraie vie.


Pour tes enfants, pour le regard des autres, pour faire partie du peloton, celui de devant, si possible.


Renoncer à toi, c’est ce qu’il fallait faire.


Alors je voudrais te demander pardon.


Pardon de ne pas sauter à pieds joints dans ton scénario de vie idéale.


Pardon de dire "merde" à toutes tes règles de bienséance et à ta recette magique du bonheur.


Pardon de te décevoir, mais je ne compte pas jouer la comédie plus longtemps : tu n’es plus mon

père.


Tu es un adulte, qui dit à un autre adulte, ce qu’il doit dire, faire, penser, ressentir, même.


Et tu comprends, que c’est inacceptable.


Tu comprendras que j’ai le droit de ne pas t’écouter.


De ne pas t’obéir.


Il en va même de ma responsabilité.


Je dirais même plus que c’est mon devoir.


Quand je vois où ta manière de vivre t’a mené : dépression, frustration, maladies, colère, haine, intolérance, jugement, individualisme...


Je ne vois pas ce que je peux faire de mieux qu’essayer de faire tout à fait le contraire de ce que tu me recommandes.


Pardon de te dire au revoir.


Pardon de te rendre la responsabilité de tes choix.


Pardon d’oser imaginer que je peux profiter pleinement de la vie sans avoir à sacrifier ma santé,

mes rêves, mon temps, la planète.


Pardon de me dire que je le mérite.


Papa, je comprendrais qu’en lisant cette lettre, tu sois très fâché, que tu te dises que je ne suis qu’une idéaliste sans aucun sens des réalités et que tu la jettes à la poubelle.


Je comprendrais que tu décides de l’ignorer.


De faire comme si tu ne l’avais jamais reçue.


Pardon de ne pas être comme toi, je sais que ça t’aurait fait plaisir.


Tu aurais eu l’impression de laisser quelque chose de bien derrière toi.


Je te demande pardon, Papa, mais quand on aime, on ne ment pas.


Et c’est toi qui m’as appris ça.


Durant mes accompagnements, j’ai remarqué que ce qui retient de nombreux clients dans leurs choix et transformations de vie, c’est la volonté de correspondre à ce que leurs parents attendent d’eux.


Mes clients veulent continuer à être de bons enfants et à mériter l’amour de leurs parents en se conformant au modèle de réussite hérité de leur famille.


Le problème, c’est que le modèle de réussite et les choix de leurs parents ne sont pas toujours en accord avec les valeurs et les choix de vie de mes clients désormais adultes.


Dans cette lettre, une femme décide de se détacher de son rôle d’enfant et de se libérer des injonctions paternelles pour se positionner comme une adulte face à son père.



Je m'appelle Céline, je suis coach identitaire et j’ai développé ma propre méthode d'orientation professionnelle dédiée aux personnes atypique qui veulent faire de leur job une expérience optimale.


J'interviens aussi en entreprise pour inspirer et accompagner la transformation des pratiques de management et de communication.


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