Comment savoir si tu es la cible de sexisme ordinaire au travail ?

Le sexisme est une attitude discriminatoire fondée sur le sexe, ou, par extension, sur le genre d'une personne.


Le sexisme ordinaire, ce sont des propos, des attitudes, des gestes, des mots du quotidien destinés à inférioriser, déstabiliser et délégitimer les femmes.


Et si tu en étais victime sans le savoir ?


Pour t'éclairer sur ce sujet, je vais te raconter l'histoire vraie de Marie.


Amie, mère, fille, collègue, épouse...


Qui pourrait bien être toi, qui pourrait bien être moi.


Et son histoire m’a fait l’effet d’une grande gifle.


Et ça me rend triste.


Mais pas pour moi.


Je suis triste pour ma mère, pour ma fille, pour mes amies, pour mes collègues, pour toutes les femmes, pour toutes les filles.


Je suis triste, et en colère aussi.


Et ça, c’est la bonne nouvelle.


Je suis tellement furieuse que j’en ris, je suis assise et je m'esclaffe à gorge déployée.


Les passants me regardent en me pensant possédée.


Cette folie enragée me vivifie, m’éveille, me stimule.


Je n’aurais jamais pensé dire ça un jour, mais j’ai comme l’impression que je suis en train de devenir féministe.

Ce mot m’effraie, c’est sûrement la raison pour laquelle je ne voulais y être associée sous aucun prétexte.


C’est vrai, moi, je n’ai rien contre les hommes.


Moi, j’aime les hommes.


Moi, j’aime être une femme.


Pour moi c’est une chance.


Je trouve nos différences complémentaires, je ne suis pas de celles qui s’insurgent parce qu’on les aborde dans la rue, je ne suis pas de celles qui s’insurgent parce que le serveur tend l’addition à leur mari au restaurant.


Tout ça, je ne le prends pas personnellement.


J’ai d’autres choses plus importantes sur le feu.


Moi, je n’ai pas de problème, ni avec ma féminité, ni avec ma masculinité, ni avec mon genre.


Remarque que si je savais ce que c’est, peut-être que j’en aurais, des problèmes, des questions au moins, des doutes sans doute.


Au fond, moi, je pense qu’on est tous pareils, que s’attarder sur des petites réflexions et en faire toute une histoire, ce n’est qu’une perte de temps.


Pour moi, tout-va-bien.


Alors pourquoi est-ce que je suis révoltée aujourd’hui ?




J’ai bien l’impression de ne pas me reconnaître.


Je devrais peut-être me calmer.


Pourquoi je sens comme un malaise, pourquoi je sens qu’il y a quelque chose qui m’échappe ?


Pourquoi j’ai la pupille qui se dilate comme celle d’un animal traqué ?


Parce que jusqu’ici, si je décidais de ne pas prendre les réflexions sexistes personnellement, c’était surtout parce que je ne les détectais pas.





Le sexisme, je ne le voyais pas, je le prenais pour la “normalité” et le laissais définir subtilement ma réalité en me renvoyant à ma petite place à la moindre occasion.

De toute façon, si un commentaire, un comportement ou une blague déplacée émerge, je préfère sourire naïvement, ne pas déranger, ne pas mettre mal à l’aise, ne pas faire de vague, ça servirait à quoi ?


Je vous le donne en mille : à renforcer l’image de la femme frustrée qui a ses règles et qui ne contrôle pas ses réactions. La boucle est bouclée.


Alors, si une situation de ce genre se présente, et quitte à me faire humilier, rabaisser et infantiliser en public, je relativise, je me dis que ça ne va pas durer plus de deux minutes et qu’il vaut mieux rester bien sage, surtout.


Alors pourquoi soudainement tout change ?


Moi je supporte, moi je ne vais pas changer les choses, moi je n’ai rien à dire sur le sujet.


Mais en fait si.


Tout change quand c’est quelqu’un que vous aimez, une fille, une amie, une femme, merveilleuse, puissante, intelligente, généreuse, curieuse, qui voit son éclat, sa lumière, sa confiance, se perdre un peu plus chaque jour dans le cercle vicieux de ce sexisme ordinaire.


Celui de tous les jours, qu’on entend dans la rue, qu’on se prend dans la figure au travail, qu’on ne peut même plus distinguer tellement il est incrusté.


Mais quand votre amie est là, en face de vous, et doute d’elle-même, alors que c’est votre superwoman, qu’elle a à son actif deux masters, une agrégation, parle 3 langues couramment, qu’elle est cadre supérieure et responsable d’une équipe de 5 personnes dans l’une des plus grandes entreprises du monde, qu’elle mène de front cette vie pro, sa vie de couple, sa vie de mère, qu’elle organise mariage, vacances au bout du monde et qu’elle trouve le temps de s’occuper de ses amis et de sa famille, le tout à seulement 30 ans...


C’est quand CETTE personne, que vous croyez invincible, est mise à mal, que la pilule passe mal.


C’est là qu’on se dit que le sujet est peut-être sérieux.


Que finalement, on ferait bien de s’y intéresser, même si ça dérange, parce qu’on se dit qu’on est responsable au fond.


Si on peut lui faire ça à elle, il est temps de réagir.


C’est là que vous avez un déclic et, soudainement, le poids de l’indignation et de l’impuissance vous tombe dessus comme un gros coup d’airbag dans la figure doublé de quelque tonneaux dans un ravin.


Vous, vous acceptez les commentaires sur votre jupe trop courte (à partir de quand c’est trop court déjà ?), vous acceptez qu’on vous dise que vous avez l’air fatiguée aujourd’hui (j’aurais dû mettre plus d’eye-liner ?), vous acceptez qu’on vous dise que vous êtes maquillée comme une voiture volée (c’est vrai j’ai peut-être forcé sur l’eye-liner?), vous acceptez qu’on vous commande un rosé parce que "c’est quand même plus féminin", vous acceptez de faire les présentations PowerPoint de vos collègues parce que “vous faites bien ces choses-là” (il sait que j’ai un master 2 en école de commerce ?).


Vous, vous acceptez, vous faites ce qu’on vous dit, vous perdez petit-à-petit votre audace, votre individualité, votre magie, mais au moins, vous êtes bien sage, gentille, serviable.


Et puis ces remarques, c’est peut-être que vous les méritez ?


Mais ce que vous n’acceptez pas, mais alors pas du tout, c’est de voir votre amie blessée, éteinte, affaiblie, presqu’à terre. Alors sa colère devient votre colère.


Colère, parce que c’est toujours à elle de commander les sandwichs quand il y a des réunions, alors qu’elle est chef de projet dans une équipe d’hommes et de femmes et que, si elle dit non, on le demandera à Chantal de toute façon.


Elle ne veut pas que ça retombe sur Chantal.


En colère parce qu’elle se sent honteuse, coupable, d’avoir explosé en réunion d’équipe, quand son supérieur lui lance devant toute l’assemblée :


“Elle est très bien cette petite présentation Marie, on voit qu’ils s’en passent des choses dans votre petite tête”.

Alors oui, c’est gros comme le nez au milieu de la figure, que ce mec n’a aucune confiance en lui et

se sent menacé par l’excellence et le talent de cette femme exceptionnelle qui pourrait prendre sa place en moins de deux secondes.


Mais voilà, elle a pété les plombs quand même.


Elle a crié, elle s’est levée, elle a claqué la porte.


“Mais enfin, pourquoi est-ce qu’elle s’énerve comme ça ?"


"Elle a ses règles ou quoi ?”

Pourquoi Marie a perdu les pédales cette fois ?


Peut-être parce que ça fait des mois que la cocotte monte en pression.


Depuis un an, elle supporte les remarques quotidiennes de son chef sur à peu près le moindre de ses faits et gestes : ses tenues, ses coiffures, son perfectionnisme, sa rigueur, sa vie personnelle, sa façon de parler.


"Vous êtes pas un peu agressive vous?"

" Il faut vous détendre Marie"

"Vous avez chaud Marie ? Il est léger ce chemisier"

"Vous avez froid Marie? Il est bien épais ce pull"

"Vous me commanderez les plateaux repas pour la réunion, Marie".


Ca fait des mois qu’elles supporte les “ma petite”, les “c’est pour rire Marie”, les “quelle chance vous avez, en plus d’être belle, vous êtes intelligente”.


Marie accepte.


Marie est bien sage, elle ne veut pas faire de vague, elle ne veut pas aller se plaindre aux RH, Marie n’est pas une victime, Marie est forte.


Marie ne veut pas s’abaisser à ça.


Les jeux de pouvoirs, très peu pour elle, mais en sourdine, quelque part dans ses entrailles, le tonnerre gronde, c’est comme s’il allait bientôt éclater et qu’un orage terrible allait faire des ravages dans sa vie et au-delà.


Toutes les autres ont l’air d’être assez d’accord à propos de ce supérieur récalcitrant : il est insultant, il est gênant, mais personne ne dit rien.


Personne n’a envie de passer pour l’hystérique de service, personne n’a envie de se mettre à dos celui qui doit approuver ses congés de Noël, personne n’a envie d’emmerder celui qui va décider de sa prime de fin d’année, personne n’est assez fou pour prendre ce risque, personne n’a envie de montrer le moindre signe de faiblesse, mais se défendre, est-ce que c’est de la faiblesse, exiger le respect auquel on a droit, est-ce que c’est de la faiblesse ?


Si oui, alors Marie a été faible aujourd’hui, et elle a du mal à se le pardonner.


“Et maintenant je fais quoi”, elle me demande.


Et moi, qu’est-ce que j’en sais.


On est là, toutes les deux. Je la vois, les yeux humides, je ne supporte pas de voir ça.


Ce talent, ce potentiel, cette puissance, cette lumière, cette peur, cette force de la nature, cette vie, ce rire, ces étincelles, où sont ses étincelles ?


Où est le dragon cracheur de feu ?


Un mauvais sort l’a transformé en un petit chaton craintif recroquevillé dans un coin.


Je ne laisserai pas Marie dans un coin.


J’ai mal au cœur, je me sens impuissante, j’ai envie de renverser la table qui est devant moi avec les verres pleins qui se trouvent dessus.


Il y en aurait partout, de l’eau, du vin, du verre brisé, tout éclaterait dans un grand vacarme de vaisselle qu’on jette par terre pour une question de vie ou de mort et puis juste pour le plaisir aussi, comme dans les mariages.


Elle me répète, “alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant” ?


Et moi je souris, je ne sais même pas pourquoi, mais ça apparaît comme une évidence, j’ai des étoiles plein les yeux, et je vois que mon enthousiasme l’a déjà contaminée, je vois dans son regard qu’elle m’attend et qu’elle fera comme moi, un accord tacite se signe entre nous, juste en se regardant, juste en se connectant, au-delà des mots et des pensées, on est une.


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Quelques chiffres du sexisme ordinaire :

D’après une étude menée par le collectif #StopE, un groupe d’entreprises qui s’engagent à faire reculer le sexisme dans leur rang :

  • Huit collaboratrices sur 10 disent être victimes de blagues sexistes au travail.

  • Près d’une femme sur deux a déjà entendu des propos disqualifiant sa capacité à manager une équipe.

  • 95% des femmes disent que ces propos entraînent une baisse de confiance en elles.


Je m'appelle Céline, je suis coach identitaire et j’ai développé ma propre méthode d'orientation professionnelle dédiée aux personnes atypique qui veulent faire de leur job une expérience optimale. J'interviens aussi en entreprise pour inspirer et accompagner la transformation des pratiques de management et de communication.

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